La Havane a lo cubano : découvrez la capitale à travers les yeux d’un havanais Cuba vu par ses habitants

Par Lietter

Lietter a 32 ans, il est né et vit à la Havane. Masseur de profession, amoureux de la langue française et artiste peintre, il vous présente ici sa ville.

Oh, La Habana !!! C’est une expression que l’on entend souvent dans la bouche de ceux qui veulent résumer les sentiments que la capitale cubaine leur évoque. Ils sont nombreux, en effet, les artistes, personnalités et gens des quatre coins du monde qui sont restés captivés par la magie de cette ville de plus de 490 ans…

Ville pleine d’histoire et de traditions, encore perceptibles malgré le passage des siècles et dont on peut voir les traces partout, dans ces bâtiments, ces places et ces rues qui les donnent à voir avec fierté… Cet orgueil est un sentiment partagé par la ville et par ses habitants. D’après moi, cette caractéristique est l’un des plus remarquables du peuple havanais!

Les bâtiments de La Havane, ces témoins de l’histoire…

Je suis certain que ce sera la première chose qui attirera votre attention quand vous arriverez à La Havane. Moi, je ne suis pas un spécialiste en la matière et je n’ai même l’expérience suffisante pour établir des comparaisons avec d’autres villes du monde, puisque j’ai très rarement eu l’occasion de sortir de Cuba. Mais il me semble que si vous vous y connaissez en architecture, ou même simplement si vous l’appréciez, ici vous trouverez une fête!

Je dois préciser tout d’abord que je n’habite pas au centre ville. Dans mon quartier, les maisons ne sont pas de style colonial, comme dans la Vieille Havane. Ce sont souvent les habitants eux-mêmes qui les ont construites, au prix de nombreux efforts; on appelle cela des maisons « traditionnelles ».

Je me suis habitué à ne pas trop y prêter attention et très longtemps, j’ai déambulé dans la ville sans avoir conscience de la beauté architecturale de ses édifices, surtout dans le centre historiques où ils sont le mieux conservés. Ce sont des amis québécois qui m’ont sensibilisé à cette beauté : selon eux, on peut trouver à La Havane presque tous les mouvements architecturaux, plus de quatorze styles différents!

C’est pour cela que lorsque je marche dans les rues de La Havane, je peux sentir l’Histoire dans l’air, je peux la respirer. Les gigantesques portes en bois, les anciennes constructions, les colonnes, chaque pavé transmettent des sensations magiques. Bien que la plupart des édifices soient abîmés (malgré les efforts du bureau de l’historien de la ville pour les restaurer), il est encore possible d’apprécier la beauté et la majesté de ces constructions. Maintenant, je m’arrête souvent dans la rue pour admirer un détail ou un autre…

Les grilles qui se trouvent aux portes des maisons, par exemple, donnent à la ville un style unique au monde, en même temps qu’elles marquent une époque : leurs beaux dessins très variés, et fréquemment pleins de mouvement nous rappellent ces années resplendissantes où la ville se montrait sous son meilleur jour. On trouve de ces grilles dans toute la ville, aux portes ou bien couvrant d’immenses fenêtres, comme c’est le cas dans la Vieille Havane ou de Centro Habana, voire même dans les quartier du Cerro et de 10 de octubre.

   

Ces grilles ornent les maisons, en même temps qu’elles assurent leur sécurité en laissant la possibilité de laisser l’air circuler pour en rafraîchir l’intérieur. Un peu comme si la maison était fermée et ouverte en même temps…un bonne amie française m’a dit un jour qu’elle aimait beaucoup cette habitude, parce que cela lui donnait le sentiment d’avoir un peu accès à l’intimité des Cubains, depuis la rue. D’ailleurs, ces grilles ont inspiré nombre de peintres cubains : Amelia Peláes, par exemple, en a fait l’un de éléments caractéristique de toute son œuvre. On trouve également de ces grilles dans les quartiers plus modernes, comme le Vedado ou encore dans des quartiers plus éloignés du centre, comme le mien.

L’art et la culture à la Havane

Moi, j’aime tous les arts et j’aime en parler!

C’est également l’un des grands attraits de La Havane – ou du moins du centre ville, car les activités culturelles et artistiques sont peu développées en périphérie, même si l’on trouve une Maison de la Culture dans chaque quartier. Ces Maisons de la Culture sont des sortes de bureaux, chargés de promouvoir les manifestations culturelles de quartier. Elles ne sont pas toutes très actives, mais certaines offrent de nombreuses activités, surtout pour les enfants et pour les plus âgés. Elles soutiennent les mouvements artistiques amateurs en mettant des espaces à leur disposition, et peuvent servir de tremplin pour certains qui deviennent ensuite des artistes professionnels.

Mais de manière générale, cela vaut la peine de se rendre dans le centre pour profiter de l’activité culturelle de la ville, car c’est dans la Vieille Havane et dans le Vedado qu’ont lieu la majorité des manifestations artistiques. C’est là qu’on trouve la plupart des théâtres et des centres culturels. Certains théâtres sont spécialisés dans un type de spectacles : le théâtre Mella, par exemple, offre surtout des spectacles de musique et de danse; quelques rues plus loin, le théâtre Trianon présente les spectacles de Carlos Diaz et de sa compagnie El Público, très célèbres à Cuba… ces deux théâtre, comme beaucoup d’autres, se trouvent dans le Vedado.

Dans la Vieille Havane, on trouve le Gran Teatro de La Habana (aujourd’hui renommé théâtre Alicia Alonso), où sont offerts au grand public des spectacles de ballet, de musique classique et de chant lyrique. Il y a d’autres théâtres spécialisés dans la musique classique et lyrique, comme le théâtre Martí, récemment réouvert au public après sa restauration, et la salle de concert San Francisco de Asís.

Si vous recherchez des activités plus festives, il y a également beaucoup de lieux où passer un bon moment, écouter de la musique cubaine et danser. En ce moment, la Fábrica de Arte Cubano  (ouverte du jeudi au dimanche), est un lieu très en vogue parmi les jeunes havanais…elle se trouve également dans le Vedado.

Personnellement, l’art que je préfère, c’est celui qu’on trouve dans les rues de la Vieille Havane. En déambulant dans ce quartier, on a de fortes chance de tomber sur quelque manifestation artistique : danse, musique, théâtre de rue voire même peinture, tous les arts se retrouvent là comme des habitants de plus. Les statues vivantes du collectif de Gigantería par exemple apportent leur touche personnelle aux rues les plus fréquentées; on croise également fréquemment les géants de ce collectif, qui dansent joyeusement sur leurs échasses au milieu des badauds curieux, accompagnés de rythmes carnavalesques, rencontre musicale de différentes cultures (principalement africaine et espagnole).

L’apothéose de ces manifestations artistiques a lieu en avril, lors du festival « Habana Vieja : Ciudad en movimiento » organisé par la compagnie Retazos : c’est alors chaque place, chaque rue, chaque coin du centre historique qui est transformé en scène de spectacle, à la portée de tout public. Si vous aimez les arts, c’est le moment idéal pour visiter La Havane!

Les gens, le cœur de la ville

On ne peut pas parler d’une ville sans parler des ses habitants. Ce sont eux qui donnent leur saveur aux souvenirs qui resteront gravées dans notre mémoire, après avoir quitté le pays.

Pour moi, on retrouve chez les Havanais les caractéristiques de l’ensemble du peuple cubain. Les habitants de la capitale ont développé de multiples talents; la nécessité et le besoin de survivre en ont fait de véritables artistes de la vie, habiles à créer beaucoup à partir de presque rien, avec d’excellents résultats et souvent sans avoir fait d’études pour cela.

Il y a, chez les Cubains, une sorte de vigueur humaine et de dynamisme qui nous permet de voir toujours le bon côté des choses, même dans les moments les plus difficiles… les Havanais, comme la plupart des Cubains, ont la capacité de rire tout le temps, de rire de leur propre problèmes, de danser sur n’importe quelle musique, d’être toujours joyeux. Je crois que dans cette joie se trouve notre force, l’armure qui nous a permis de survivre à des pénuries interminables et des moments très difficiles. C’est cette même joie qui alimente l’orgueil dont j’ai parlé précédemment.

  

Orgueil d’être cubain, premièrement, et ensuite havanais, orgueil qui, avec l’amour, maintient en vie notre espoir parfois agonisant en l’avenir. Un espoir qui nous fait souvent regarder vers l’extérieur, et parfois quitter le pays; mais sans jamais perdre l’amour pour notre culture, notre identité, notre île, notre manière de vivre la vie. Les Cubains qui vivent dans un autre pays, que ce soit pour des raisons personnelles ou économiques (comme c’est le plus fréquemment le cas), ne perdent jamais l’amour pour leur terre natale, leur ville et ses habitants. On dit qu’il n’y a aucun Cubain qui veuille vraiment vivre en dehors de Cuba. Quand c’est le cas, ils cherchent toujours le moyen d’y retourner aussi fréquemment que possible, même si ce n’est plus pour y vivre…

Cette joie éternelle n’est pas synonyme d’insensibilité. Les Havanais ont aussi leurs tristesses, mais ils ont appris à vivre dans la joie, malgré leurs douleurs… cet optimisme, cet amour, cette énergie, vous les trouverez dans chaque rue, dans chaque maison, dans chaque famille et dans chaque personne. Vous trouverez une ville bruyante (parfois trop, c’est un côté qui me déplaît), animée, peuplée de gens chaleureux et enthousiastes, ardents et passionnés par la vie. Personne ne vient à La Havane sans en tomber amoureux…venez donc le constater par vous-mêmes!


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