Gloria, analyste bancaire à Cuba : « Notre pays, c’est une île toute petite, digne, cultivée, avec un coeur très grand » Yo soy Cuba

« Je m’appelle Gloria Esther Muñoz Santana,  j’ai 56 ans. Je vis à Guanabo,  près de ma famille, seule avec ma fille de 22 ans. Je suis divorcée de son père depuis plusieurs années. Je n’ai pas refait ma vie malgré quelques expériences.

A la fin du cycle secondaire, on pouvait choisir de continuer ses études à l’université ou de s’orienter vers une carrière. Dans cette seconde option, Cuba envoyait de nombreux élèves se former à l’étranger, dans le cadre de contrats avec les pays avec lesquels il y avait des accords économiques.

J’ai choisi cette voie, et demandé à étudier à l’étranger. A dix-sept ans, je suis partie avec un groupe scolaire en Russie, un des pays avec lequel l’état cubain avait des accords, pour étudier l’économie pendant trois ans.

A ce moment-là je ne savais pas quel travail me serait attribué en sortant de ce cycle, que ce soit dans le commerce, l’industrie, le secteur bancaire ou autre.

J’ai donc commencé une année de préparatoire pour apprendre le russe ainsi qu’une classe de protocole pour savoir comment s’alimenter, compter, découvrir un monde différent puisque nous étions très jeunes et sans ouverture sur le monde extérieur.

Nous étions logés dans des « auberges » pour étudiants étrangers de différents pays. Par chance nous, les cubains, nous étions en contact permanent avec les russes afin de mieux apprendre leur langue, et je faisais aussi partie d’une équipe de Volley-Ball ce qui m’a permis de m’intégrer encore mieux et profiter de plus d’avantages.

Au bout de la première année, je suis revenue en avion à Cuba pour les vacances scolaires. A la rentrée, je suis repartie en bateau pour la Russie pour terminer un cycle de deux ans sans vacances à Cuba.

A la fin des trois années, je suis rentrée ainsi que mes camarades de classe, en bateau de croisière pour étrangers, ce fut une vraie découverte et un souvenir fort.

J’ai dû attendre un mois pour obtenir le diplôme qui m’a donné le droit d’avoir du travail et on m’a donc placée dans une banque. »

Quand on demande à Gloria si elle aurait préféré choisir une autre carrière, elle répond qu’elle était sans expérience du monde du travail et trop jeune pour décider d’elle-même. Elle dit d’ailleurs qu’elle a aimé travailler dans la banque parce qu’il y avait beaucoup de discipline et d’organisation, ce qui correspond à son caractère. Elle ajoute également que ce qu’elle a appris en Russie, notamment la langue russe, ne lui ont pas vraiment servi à Cuba.

« Cela fait maintenant 34 ans que je travaille dans le secteur bancaire. J’ai débuté comme opératrice d’un département d’une banque qui s’appelait Banco National de Cuba, puis al Banco de Crédito de Comercio puis al Banco Metropolitano.

Quand j’ai commencé al Banco National de Cuba, on m’a mise avec des séniors dont l’expérience professionnelle m’a beaucoup aidée. Pendant les trois années passées en Russie, j’avais perdu une grande partie de l’orthographe cubaine, j’ai été aidée grâce à des livres que l’on m’a conseillés, ainsi que par un enseignement et un suivi éducatif. Comme j’étais réceptive et que j’en avais envie, j’ai évolué très vite.

Je travaillais dans le Département de la Circulation de la Monnaie, j’avais un directeur maintenant à la retraite qui nous a connus jeunes. Il vient encore régulièrement nous voir et suivre notre évolution, car il est très attaché à nous et très paternaliste. Il m’appelle toujours « mi chiquita » o « mi niña ».

Après être restée douze ans dans ce Département, et que vint la « Période spéciale » les personnes, à cause des nouvelles difficultés rencontrées dans les transports, se sont rapprochées de leur domicile, c’est ainsi que j’ai changé de lieu de travail.

Je suis désormais analyste, mon travail s’effectue auprès des entreprises, des petits agriculteurs, ou des nouveaux petits travailleurs pour leur propre compte qui sollicitent un crédit auprès de la banque.

L’analyse consiste à vérifier les entrées et sorties d’argent, la capacité des demandeurs à pouvoir rembourser leur crédit. A partir de la demande, j’ai vingt jours pour préparer le dossier, faire les demandes auprès des organismes prêteurs, puis me rapprocher du Comité de Crédito qui est composé de la Directrice et des Chefs du Département ainsi que d’autres analystes afin de déterminer si le crédit sera attribué ou non.

Mon salaire n’est pas fixe, il est plus ou moins de 11 cuc par mois, tout dépend du nombre de jours dans le mois, auxquels s’ajoutent 315 cup (environ 12,6 cuc). Mon salaire final dépend également du résultat et aussi de l’importance de la Banque, par exemple, du nombre de commissions effectuées sur les Cartes Bancaires, du nombre de crédits attribués aux entreprises. Il y a aussi un crédit attribué à ceux qui veulent acquérir le secteur électrique d’un magasin, etc…

Mon rêve à moi, serait que nous voyions un jour, moi ainsi que mon enfant et mes futurs petits-enfants, un Cuba plus moderne, avec une meilleure alimentation et moins de difficultés journalières. On voudrait un niveau de vie « normal » comme les autres, et vivre  une économie meilleure. Nous croyons en une vie différente avec le rapprochement de Cuba avec les Etats-Unis et le monde entier.

Cuba, c’est une île toute petite, digne, cultivée, avec un coeur très grand. »

Merci Gloria de m’avoir donné un peu de ton temps si précieux et surtout de m’avoir fait confiance. Amiga, te quiero.

Une interview réalisée par Maryse depuis Cuba


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