Eduardo, maçon à son compte à Cuba pour 40 euros par mois Yo soy Cuba

Eduardo a 42 ans et habite à Trinidad. Comme beaucoup de cubains, il vit dans la maison familiale qu’il partage avec sa fille aînée, son frère, sa mère et le mari de celle-ci.

Eduardo ne s’est jamais marié mais il a eu deux filles de deux unions différentes. Mislaine, l’aînée, avait 3 ans quand sa maman et lui se sont séparés. Il l’a ensuite élevé seuI, la maman ayant préféré lui en confier la garde. Mislaine a aujourd’hui 22 ans et est professeur d’anglais. La cadette, Caridad, 14 ans, vit avec sa mère. Eduardo la voit régulièrement et participe aux frais de son éducation. Depuis 9 ans, il est en couple avec une autre femme. Tous les deux sont très amoureux, mais elle vivant également dans la maison de ses parents, ils ne peuvent toujours pas partager le même toit.

Eduardo possède un dipôme de technicien en hydraulique, mais il n’a jamais exercé cette profession. Il a préféré se tourner vers la maçonnerie, activité qu’il exerce depuis 15 ans maintenant et dans laquelle il a acquis une expérience conséquente.

Comme environ 500 000 cubains, il travaille désormais à son compte. Depuis 2011, le gouvernement cubain a en effet publié une liste de métiers pouvant s’exercer à titre privé. Une mesure révolutionnaire dans un pays où plus de 85% de la population active était alors fonctionnaire ! Cette liste s’allonge progressivement : initialement, 124 emplois étaient ouverts à l’initiative privée. Ils sont aujourd’hui un peu plus de 200, et le nombre de cubains choisissant de créer sa petite entreprise ne cesse d’augmenter. Les secteurs où il est possible de devenir son propre patron sont variés : restauration (paladar, snack, cafétéria), tourisme (casa particular), activités agricoles, transports, artisanat… Les “cuentapropistas”, comme on les appelle à Cuba, doivent obtenir une licence auprès de l’Etat, et reversent ensuite une contribution mensuelle à celui-ci.

Parmi les métiers autorisés, certains prêtent à sourire vu de chez nous : à Cuba, il est ainsi possible d’obtenir une licence de remplisseur de briquets à gaz, de montreurs de chiens dressés ou encore de dandy ! Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez consulter la liste complète des emplois pouvant s’exercer dans le privé.

Eduardo nous décrit une journée de travail classique, sa routine à lui, comme il dit. Il se lève à 6h30 du matin et travaille de 8h à 17h, du lundi au samedi. Les journées peuvent être plus longues en fonction du travail à accomplir. Il réalise tout type de travaux de maçonnerie, mais s’est spécialisé dans la construction et la réparation de cuisines et de salles de bains pour lesquelles s’utilisent de la céramique. Il décrit son métier comme difficile et fatiguant, mais c’est un travail qui lui plait et il met un point d’honneur à effectuer des travaux de qualité pour satisfaire ses clients.

Son salaire varie en fonction des travaux effectués dans le mois, mais en moyenne ses recettes tournent autour de 1000 pesos cubains (CUP), soit un peu moins de 40 euros par mois. Les matériaux utilisés pour la construction sont achetés par les clients. Le problème est qu’il est parfois très difficile de se procurer ces matériaux à Cuba, et plus ils se font rares plus il faut les payer au prix fort…

A côté de son travail, Eduardo a quelques loisirs : il prend notamment depuis peu des cours de français, encouragé par sa fiancée qui a décidé d’apprendre cette langue. Il aime aussi regarder des émissions humoristiques à la télé, danser, sortir boire des verres avec des amis. Et dès qu’il peut, il enfile son tablier et se transforme en chef cuisinier, car il adore mitonner de bons petits plats pour ses amis et sa famille.

Le Chef Eduardo

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Quand on interroge Eduardo sur les côtés positifs et négatifs de Cuba, il répond que comme partout, les deux co-existent, mais que pour lui il y a plus de bons que de mauvais côtés dans son pays. Et le futur, comment le voit-il ? A cette question typiquement occidentale, Eduardo nous répond de façon typiquement cubaine : “je ne sais pas ce que sera le futur, il faut attendre et surtout, vivre le moment présent” !

Il nous glisse tout de même qu’il aimerait décrocher un contrat à l’étranger, pour un temps limité, afin de gagner plus d’argent et accomplir son rêve : construire sa propre maison à Trinidad et vivre enfin avec son amoureuse.


Comments

  1. Marichou Says: août 30, 2015 at 8:48

    On retrouve dans ce portrait de Eduardo, les difficultés que rencontrent presque tous les cubains, problème d’intimité dû au manque de logement, cause en grande partie de séparation des couples, difficultés financières, le coût de la vie augmente à Cuba et les rentrées d’argent ne sont pas à la hauteur des nécessités. Les prix des produits importés sont les mêmes que ceux des pays favorisés. Le désir pour certain d’aller gagner sa vie ailleurs n’a rien à voir avec l’envie de quitter le pays. Les cubains sont très attachés à leur patrie, à leur famille. Beaucoup ont fait de bonnes études et ont obtenu des diplômes qui ne leur servent à rien. Ils doivent se reconvertir « inventer » comme ils disent, pour survivre. A l’exemple d’Eduardo les cubains ont appris à vivre avec philosophie, l’Histoire de Cuba leur a enseigné à s’adapter constamment, c’est ce qui leur donne cette force et aussi cette joie de vivre de chaque instant. Résoudre un problème par jour est déjà une victoire, alors pourquoi penser à un lendemain dont on n’est jamais vraiment certain, ce serait passer à côté du présent. Et au moment où Eduardo quitte sa tenue de maçon pour celle de Chef cuisinier, Eduardo est heureux. Marie

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